| CHANTALE PROULX |
Étudiante en dessin industriel, lauréate du concours Chapeau les filles! 2010![]() Voici ma petite histoire qui m’a conduite jusqu’à « Chapeau les filles! ». Elle commence à la tendre enfance, avec l’amour du dessin qu’un talent désastreux m’avait convaincue de délaisser. Rien ne laissait présager que j’y reviendrais un jour. C’est par un jour d’hiver 2008 que c’est arrivé. Dans le cadre d’une démarche d’orientation à Partance, centre d’emploi pour les femmes, j’ai redécouvert l’art de dessiner… par ordinateur. Quelques préjugés subsistaient : je ne pouvais me résoudre à laisser tomber le travail d’équipe et à passer 40 heures par semaine devant un écran d’ordinateur. Une visite au Centre professionnel Paul-Rousseau a mis fin à ces fausses perceptions. Oui, cet emploi demande du travail d’équipe. Et non, il ne se passe pas que devant un écran! J’étais conquise. Avant même la fin de la démarche, je m’inscrivais au programme. Cette assurance nouvelle me venait de différentes démarches qui portaient enfin leur fruit. Après une relation de couple de huit années sous le sceau de la violence conjugale, je me retrouvais seule avec mes quatre enfants et une estime au huitième sous-sol. Petit à petit, je l’ai reconstruite puis j’ai commencé par obtenir mon diplôme secondaire alors que je visais le cégep. Je reprenais le vieux projet de mes 16 ans : techniques administratives. J’ai dû cesser. Pourtant, ce vif désir ne mourra jamais, des braises subsistaient. Entre les difficultés avec mes enfants et un diagnostic en santé mentale, je faisais tout de même des projets, je rêvais d’un diplôme qui me conduirait à un travail suffisamment rémunéré et emballant. Parfois survenait une période de crise et voilà que, inconsciemment, je sabotais mes rêves. La dernière fois, j’étais à l’UQAM, visant un baccalauréat, rien de moins. De nouvelles difficultés familiales m’ont fait baisser les bras. Je lâchais tout… encore. Sauf que cette fois, la survivante en moi a crié un « holà » puissant qui m’a enfin conduite vers les démarches adéquates. Donc, me voilà en deuxième année de dessin industriel, à trois mois de la fin d’une formation de 1 800 heures. Je vois venir ce diplôme avec tellement de fierté. Qui plus est, ce milieu est majoritairement masculin, pas simplement dans les fonctions de dessinateurs en tant que tel, mais aussi avec les partenaires que je serai appelée à côtoyer et j’y suis étonnamment à l’aise. Je n’en avais pas réellement conscience au moment de mon choix, ce sont mes intérêts qui m’y ont conduite. Après toutes ces années en milieux majoritairement féminins, je reste bien étonnée. Plus je découvre ce métier, plus je l’aime. Je n’avais jamais réalisé à quel point tout doit passer par le dessin avant d’être mis en production. Que ce soit à partir d’une idée neuve ou bien après avoir pris minutieusement un relevé de mesure d’une pièce existante, le dessin est nécessaire. L’aspect « industriel » m’embêtait, moi qui arrivais de l’administration communautaire. Un piston, ça mange quoi en hiver? Étape par étape, je l’ai appris. Maintenant, je pourrais me rendre dans une usine pour un relevé de mesure. Aussi, je pourrais discuter avec un client du gabarit de tôle nécessaire à la réalisation de son projet puis, choisir le logiciel de dessin pertinent ou relever le défi de créer le projet à partir des outils informatique que j’ai. Le diplôme est pour bientôt. C’est avec une grande fébrilité que je l’accepterai, symbole du premier projet de ma vie mené à terme de bout en bout. Avec ce dernier, je pourrai aller en emploi chercher des expériences dans différentes entreprises et, qui sait, peut-être m’en servir comme assises pour monter mon propre bureau. Dans ce métier, j’exploiterai mes aptitudes pour le souci du détail, la logique, l’organisation, les défis intellectuels. Je pourrai y combler mon vif intérêt pour la création à travers un agréable mélange de tâches d’équipe et solitaires. Le dessin s’applique à tous les champs de production, je n’aurai pas assez d’une vie pour en faire le tour, impossible de m’en lasser. C’est la première année que je participe au concours, je croyais n’avoir rien à dire concernant l’aspect non traditionnel du métier. Je comprends cette année qu’il n’est pas nécessaire de vouloir monter aux barricades pour la place des femmes en emploi pour faire une différence. Parfois, un simple mélange de passion et de détermination suffit à ouvrir des portes que d’autres utiliseront ensuite. S’y faire une place ne vient pas en s’imposant, elle vient avec le temps, l’authenticité, l’ouverture aux autres et à leur rythme. Peu importe l’âge, le milieu de vie d’où on arrive ou l’histoire que l’on porte, il y aura une place pour chacune de nous dans ces métiers. Bien souvent, il ne suffit que d’un simple intérêt pour faire naître la passion. Pour moi, ce prix est d’abord une reconnaissance extraordinaire de cette victoire tant sur le plan scolaire que personnel. Ce serait la cerise sur le « sundae » d’un parcours de plusieurs années. En prime, il apporterait un soutien financier à l’acquisition d’outils utiles au métier, comme des instruments de mesure de précision. Voilà, c’est mon histoire et laissez-moi vous dire qu’à 43 ans, elle est loin d’être terminée. Place au prochain chapitre! |


