Lucie Laterreur

Étudiante en ferblanterie-tôlerie, lauréate du Concours Chapeau les filles! 2005

Lucie a choisi de s’engager dans un projet professionnel non conventionnel, malgré certaines craintes, afin de respecter sa personnalité, ses intérêts et ses aptitudes.

Je suis Lucie Laterreur. J’ai travaillé huit ans dans un atelier de reconditionnement de minuterie. J’aimais ce travail manuel mais ma santé ne me permettait plus de continuer. J’avais des signes de stress intense dû à l’environnement psychologique et la qualité de l’air que je respirais quand je chauffais du plastique pour reconstruire des formes. Ma gorge a été douloureuse pendant deux ans. C’en était assez, je devais quitter cet emploi! Mais ce qui me rendait plus malade était de me retrouver sans emploi. Blessée physiquement et psychologiquement, avec un manque énorme de confiance en moi, j’ai cherché un nouvel emploi sans succès. Désespérée, j’ai demandé de l’aide à Partance, un centre d’emploi pour les femmes de Drummondville.

Je me suis inscrite à une session de choix professionnel en automne 2002. Cela m’a aidée à rebâtir une confiance en moi et envers les employeurs.

À la suite de ce cours, je me suis dirigée vers une formation préparatoire au travail en usine. Mon but était de me donner des outils et plus de connaissances pour retourner sur le marché du travail le plus vite possible. À ce moment là, je pensais que j’étais trop vieille pour retourner à l’école et que c’était inutile d’y aller considérant mon âge et les années qu’il me restait à travailler. C’était une erreur de ma part car aujourd’hui je sais que 44 ans n’est ni trop vieux ni trop tard pour faire ce que l’on aime. La formation préparatoire au travail en usine m’a fait connaître un peu l’usinage, la conduite de machines industrielles, la ferblanterie-tôlerie, le contrôle numérique, la conduite d’un chariot élévateur, la mécanique industrielle. J’ai adoré. La satisfaction et la joie m’envahissaient quand je terminais un objet à fabriquer. J’aimerais ça faire un travail de fabrication à temps plein! Je crois que plus je me rapproche de ce que j’aime, plus je vais vers les métiers non traditionnels.

Aussi loin que je me souvienne, la construction, la fabrication, la réparation ont fait partie de ma vie. Le travail dit « de gars » et la curiosité du « comment s’est fait » m’attiraient. J’observais et j’aidais mon père à faire des réparations. Un jour, à 8 ans, j’ai vu qu’à partir d’un morceau de bois droit, mon père en avait fait un nouveau côté pour le dossier de la balançoire. J’ai été emballée de voir comment il y avait redonné vie. J’ai aussi joué longtemps à fabriquer des objets avec des bâtons à café, ainsi qu’avec le jeu de mécano de mon frère. À l’école, à 16 ans, ce qui s’offrait à moi, c’était la couture. J’ai appris à mesurer et aussi à utiliser des patrons, prévoir aussi du matériel de plus pour la couture. Je n’ai jamais travaillé dans le milieu de la couture, mais j’avais acquis des bonnes méthodes de travail que j’ai pu appliquer à d’autres moments de ma vie.

Aujourd’hui, à 44 ans, je termine une formation en ferblanterie-tôlerie. Maintenant me faire confiance sera mon assurance pour acquérir les connaissances nécessaires au métier. Après tout, les gars de mon cours sont là pour apprendre le métier. J’ai déjà en moi la dextérité manuelle, la perception spatiale, la ténacité, la persévérance et la curiosité de connaître. Ma formation m’apprend à lire et à interpréter des plans de fabrication; à découper; à façonner et à assembler des pièces de métal; à fabriquer et à installer des réseaux de distribution et d’évacuation d’air; à souder au mig, à l’arc et au tig pour l’acier inoxydable; à couper au plasma et au chalumeau-coupeur de métal; à installer du revêtement métallique sur des murs et des toitures. Ce métier m’offre un vaste choix d’orientation et un excellent taux de placement pour l’avenir. À moi de choisir après le cours.

Je participe à Chapeau les filles parce que je me reconnais et m’accepte comme étant une femme aimant les métiers non traditionnels et que rien ni personne, pas même moi, ne peut y changer quelque chose. Que ma candidature soit retenue sera pour moi une victoire symbolique sur l’acceptation d’une différence féminine.