| Sylvie Ferland |
|
Étudiante en techniques d'usinage, lauréate du Concours Chapeau les filles! 2008
Bonjour, voici un portrait du parcours de vie que j'ai effectué avant de m'inscrire en techniques d'usinage. Depuis plusieurs années, je lutte contre des principes familiaux qui m'ont été transmis. Pour ma mère, l'éducation scolaire pour une fille n'avait aucune importance. Le rôle de la femme était de prendre soin de son mari et de ses enfants. Ces dernières années, j'ai dû travailler sur moi-même et combattre ma peur d'être jugée à cause de mes goûts personnels afin d'atteindre une certaine confiance en moi. Je ne juge pas les métiers traditionnellement féminins, mais moi, je me sens bien dans un « métier d'hommes ». J'ai une belle complicité avec eux au niveau du travail et j'aime le milieu de travail en usine. Je ne peux me faire à l'idée qu'il y ait des métiers spécifiques aux femmes et aux hommes. On peut vivre avec eux, avoir des enfants, faire des activités alors je crois que l'on peut partager les mêmes intérêts pour un métier. Depuis longtemps, j'attendais l'opportunité de retourner aux études pour apprendre un métier qui convenait à mes besoins. À la suite d'une perte d'emploi, j'ai fait part à mon conjoint de mon projet de retourner aux études. Cette décision impliqua toute une organisation pour la vie familiale, car nous sommes une famille recomposée de cinq enfants. Mon retour aux études a commencé par un cours en conduite de chariot élévateur qui a été organisé par le Centre de formation Cible Conseil. Le cours a duré 300 heures. Dans ce cours, il y avait des cours de mathématiques de base, de santé et sécurité, des travaux d'atelier, de la manutention, de l'interprétation d'instruments de mesure, de la lecture de plans, de l'initiation à l'informatique, de la connaissance de soi et de la recherche d'emploi. C'est lors des cours en travaux d'atelier et en lecture de plans que j'ai eu un coup de cœur pour le métier de machiniste. Je me sentais dans mon élément. Alors, j'ai décidé de devenir machiniste. Cependant, rien n'était gagné d'avance. J'aurais eu l'opportunité de rentrer au Centre de formation André-Morissette par une voie plus rapide et facile en passant un test de TDG (test de développement général), mais je voulais mettre toutes les chances de mon côté. Je me suis inscrite à la formation secondaire aux adultes. J'ai fait mes cours de la première à la quatrième année de secondaire. Présentement, en concomitance avec ma formation professionnelle, je termine mes mathématiques de quatrième secondaire (le dernier volume) de soir. Ensuite, il me restera à terminer mon français de secondaire cinq afin d'obtenir mon diplôme d'études secondaires en plus de mon diplôme d'études professionnelles. Depuis le début de ma formation, j'ai toujours été positive, j'ai toujours fréquenté mes cours avec assiduité. Il a toujours été important pour moi de me surpasser à chaque instant, de croire en moi et de croire en ce que je fais. Je sais au plus profond de moi que peu importe les contraintes du métier (qu'il soit non traditionnel ou non), j'aurai toujours le courage d'affronter les situations et de trouver les solutions afin de continuer dans le métier qui me passionne. Ma plus grande satisfaction est de pouvoir m'épanouir dans un métier qui me ressemble. J'ai ce qu'il faut pour faire ce métier. Je suis patiente, persévérante, minutieuse et j'ai toujours le souci du travail bien fait. Aussi, je suis perfectionniste et très exigeante envers moi-même. Dans mon cours, j'apprends à travailler manuellement. Cela consiste à apprendre à limer, à tracer et à percer des pièces. Je confectionne des pièces sur un tour, une fraiseuse. Le fait de pouvoir utiliser mon côté créatif en fabriquant des pièces sur des machines me fascine beaucoup. Lorsque je finirai mon DEP en techniques d'usinage, je souhaite faire mon ASP en contrôle numérique. En milieu de travail, je veux pouvoir être à la hauteur, donner le meilleur de moi-même et être en harmonie avec mes collègues de travail. Je souhaite partager mes connaissances avec les hommes et toujours me maintenir à jour. Dans ce métier, on n’est jamais au bout de ses connaissances, il faut toujours être à jour sur l'évolution des techniques en « machinage ». J'aimerais dire à toutes les femmes que peu importe votre culture et votre niveau social, il y aura toujours une place pour vous dans les métiers non traditionnels. Depuis la création, les hommes et les femmes ont toujours eu la chance de se côtoyer et de vivre ensemble et je crois que dans les métiers non traditionnels, nous pouvons partager nos connaissances et nos forces intellectuelles, physiques et intérieures afin que tous se sentent valorisés. Pour aider des femmes dans le milieu non traditionnel, je serais présente si elles ont besoin d'aide. Je partagerais mes connaissances et mon savoir avec les filles. De plus, je leur ferais voir les beaux côtés du métier, je les encouragerais et les valoriserais. Je veux participer au concours pour partager mon cheminement avec d'autres femmes qui ont peut-être un cheminement semblable au mien. De plus, c'est valorisant de faire partie du concours. Si je gagne, ma bourse servira à payer mon ASP en commande numérique et à me payer des outils personnels pour mon travail. Aujourd'hui, je sais que je vis une belle aventure et j'en profite à chaque instant et je dis à toutes celles qui travaillent ou étudient dans un domaine non traditionnel : « Chapeau les filles! ». Sylvie Ferland |
